Esch-sur-Alzette à l’heure des défis
4.4 (88%) 5 votes

Disposant de peu d’espace pour continuer à se développer, Esch-sur-Alzette, deuxième ville la plus peuplée du Grand-Duché après Luxembourg, doit faire des choix intelligents. Elle mène en outre différents projets pour désengorger un centre-ville envahi quotidiennement par les frontaliers.

Avec ses 35.000 habitants, la commune d’Esch-sur-Alzette, qui comprend cette seule localité, est la deuxième municipalité la plus peuplée du Luxembourg. Cosmopolite, la ville compte 57 % d’habitants d’origine étrangère et est quotidiennement traversée par nombre de frontaliers français. Esch-sur-Alzette est aussi marquée par une longue histoire industrielle. « La sidérurgie a fait vivre une bonne partie de la population durant des décennies, explique le nouveau bourgmestre de la ville, Georges Mischo. Lorsque l’activité s’est arrêtée, nous nous sommes retrouvés au tapis. Il n’y avait pas vraiment d’activité qui pouvait prendre la relève. Nous n’avions pas les banques, comme à Luxembourg-Ville. »

La commune d’Esch s’est donc relevée petit à petit, notamment par la transformation de l’ancien site sidérurgique de Belval en un pôle de formation, d’activité commerciale et culturelle. « L’arrivée de l’université ainsi que la désignation de la ville comme capitale européenne de la culture en 2022 permettent de poursuivre sur cette lancée, se réjouit Georges Mischo. Nous devons à présent prendre à bras-le-corps l’aménagement des friches de Schifflange et de Lentille Terre Rouge, qui sont les deux seuls espaces libres dont nous disposons encore… »

Quartier Esch Belval

Un vrai problème d’espace

Car malgré ses atouts, la commune d’Esch-sur-Alzette connaît un vrai problème d’espace. « Effectivement, contrairement à des communes comme Wincrange ou Sanem, nous disposons de peu d’espace, commente Georges Mischo. Nous devons donc réfléchir sérieusement à l’affectation de ces sites. Tout en permettant à la population de participer à cette réflexion, ce qui n’a pas été fait à Belval. »

Parmi les projets qui devraient voir le jour sur les deux friches encore exploitables, on compte notamment de nouvelles écoles. « Il y a un besoin important en nouvelles structures scolaires sur la commune, indique le bourgmestre. En dehors des écoles construites sur ces friches, nous allons aussi en construire deux nouvelles en ville, rénover celle du Brouch et étendre celle de la Grand-Rue. Dans ces nouveaux bâtiments, nous installerons systématiquement des maisons-relais. »

Un mix logements-entreprises

Comme partout au Luxembourg, la problématique du logement, et de son accès à tous, est un souci de taille pour la commune d’Esch-sur-Alzette. Le peu d’espace à disposition contraint en effet les responsables locaux à faire preuve d’imagination. « Sur les friches de Schifflange et de Lentille Terre Rouge, nous allons essayer de combiner des projets de logements et d’entreprises, indique le bourgmestre. Nous avons déjà certaines entreprises intéressées par un concept du genre. »

Comme l’explique encore Georges Mischo, l’autre voie privilégiée par la municipalité est l’adoption de règlements communaux permettant d’amener de nouvelles familles dans la commune. « Le 9 février, nous avons changé le règlement des bâtisses. Il ne sera désormais plus possible d’aménager plusieurs appartements dans des maisons unifamiliales sur le territoire de la commune. Outre l’attrait pour les familles, cette décision doit permettre d’éviter la location illégale de chambres meublées insalubres. Cette pratique est malheureusement encore d’actualité à Esch et ce sont les personnes les plus vulnérables qui en sont victimes. »

Maisons à Escch -sur-Aluzette

Améliorer la mobilité

L’autre difficulté rencontrée par les Eschois a trait à la mobilité. « L’Etat est en train d’étendre l’autoroute A4 pour permettre aux frontaliers de repartir directement vers la France sans passer par le centre d’Esch, qui est embouteillé tous les jours, explique Georges Mischo. Par ailleurs, notre plan mobilité accorde beaucoup d’importance aux transports en commun : la navette Kussbus, qui permet de se rendre au travail, les bus communaux City Bus ou l’arrivée prochaine de bus à haut niveau de service qui bénéficient de leur propre bande de circulation… Je pense qu’il faut travailler là-dessus, parce que le covoiturage me semble être une illusion. »

La commune d’Esch-sur-Alzette est également en discussion avec les CFL pour construire une petite gare supplémentaire au centre-ville qui permettrait de drainer une partie des automobilistes. En outre, le projet de bus culture-sport est toujours défendu avec beaucoup de passion par Georges Mischo. « L’idée était dans notre programme électoral, explique-t-il. Elle consiste à faire sortir nos enfants des maison-relais pour les conduire à leurs activités sportives ou culturelles. L’idée suit son cours et devrait bientôt aboutir. »

Le Gaalgebierg, poumon vert de la ville

Avec un tel déficit d’espace, où les habitants peuvent-ils se promener et prendre l’air ? Fort heureusement, Esch-sur-Alzette a conservé un attrayant poumon vert : le Gaalgebierg, une colline surplombant la ville et couverte par une vaste forêt. On y trouve des parcs, un terrain de foot, un camping, un parc animalier, une patinoire naturelle en hiver, etc. « Nous investissons beaucoup dans cet espace, souligne Georges Mischo. Il est important de conserver un coin de nature comme celui-là, à quelques minutes à pied de la ville. Par ailleurs, nous avons négocié un échange avec l’État qui nous a permis de récupérer une partie de forêt de l’autre côté d’Esch. À cet endroit, nous sommes capables de construire un nouveau parc avec des aires de jeu, le tout d’une taille comparable à celle du Gaalgebierg. »

On le voit, les défis ne manquent pas à Esch-sur-Alzette. Cela dit, il s’agit également d’une des villes les mieux dotées du Luxembourg en matière de services, quels qu’ils soient. En outre, sa vie culturelle intense permet à tous ses habitants d’être durablement à l’abri de l’ennui…